Queyras, Février 2020 : le Ski de rando à l’aise dans les mélèzes

Samedi 8 février :

17h30.

3 paires de skis de rando, 2 paires de skis de fond, 6 batons, 8 chaussures de ski, 4 pelles, 4 grands sacs de voyages, 4 sacs à dos, 2 ordis, les œuvres complètes de l’IGN, des fruits, du citron du gingembre et des barres pour 1 semaine, c’est de cette voiture plus remplie qu’un train indien que sont sortis 4 voyageurs, lunettes vissées aux becs : Pierre-Yves, Florence, Cécile et Colette. Silence à Château/Ville Vieille, les rues devant l’Astragale, notre gîte, résonnaient lugubrement. C’est l’arrivée des randonneurs, ceux qui connaissent chaque rocher, chaque arbre, chaque sente, chaque sommet de ce massif. Ceux qui allaient une nouvelle fois sillonner le Queyras.

Une porte bat faiblement.

Le gîte s’est brutalement vidé.

Premiers saluts … La bande à Cazeaud compte un nouveau membre, un débutant qu’il faudra vite dégrossir, à grands coups de Mélèze.

La soupe attend les 3 derniers qui complèteront le dortoir de 8. Une discrète marque sur la porte du gîte indique aux étrangers de passer leur chemin. C’est la marque des embouteillages : celle qui fait arriver à 21h30, la caravane de 9h30. 12h assis, ça vous enrage des randonneurs. Alors un Etienne, une Jehanne et son Jean…

La presque pleine lune luit. Le massif tremble.

Le repas du soir est placé sous le signe des 3C ou 3×3, le plan infaillible du père Cazeaud pour mettre en coupe réglée, altitude, BERA, neige, vent, débutants et heure de la soupe. Avec l’aide de “Yeti” et “Iphigénie”, les pentes exposées apparaissent, les tracés se construisent

Demain, ce sera le pic Traversier. Qu’on se le dise.

Ou peut-être Chateaurenard ou la pointe du Rasis, enfin ça dépendra de l’orientation du vent, de la température, de la nuit, de la neige, de la disposition des falaises, des regards hagards de la bande, de ces 1000 détails que P-Y prend en compte le soir d’abord, le matin ensuite et devant l’obstacle enfin. Ces 1000 paramètres qu’il nous précise, et alimentent cette analyse à laquelle il nous éveille.

 

Dimanche 9 février : Pic du fond de Peynin

 

Réveil à l’aube, enfin celle de 8h. Le soleil est radieux ; on craint la neige dure comme du bois. Les courses exposées nord risquent de nous désassembler les ménisques. Suivant l’exemple d’un autre groupe, ce sera le pic du fond de Peynin, 2912m, départ du pont de Lariane, après avoir récupéré des chaussures à Molines et vérifié les arva. 10h, l’ascension commence, P-Y en tête, Jean en serre-file. Neige dure dure dure, mais paysage somptueux. Premiers réglages, premiers pas, premiers conseils, premières glissades. 3 petites heures de montée avec une pause d’un quart d’heure toutes les h. Premiers maux de tête, effet de l’altitude, de la fatigue ou des pentes glissantes. Les couteaux sont nécessaires, la chaîne du Queyras semble sortir de terre au fur et à mesure de l’élévation : la font Sancte avec ses 3400m apparaît. Puis, au sommet, c’est le Viso qui montre sa roche, mais le vent souffle ; on le retrouvera tous les jours. Dépeauter après les quelques photos panoramiques, ressemble à un concours de cerf-volant. On descend rapidement de quelques 10aines de m pour un pique-nique abrité. Une belle combe de neige légère s’y est accumulée ; P-Y creuse avec vigueur un magnifique igloo à 1m sous la surface. Le premier d’un grand complexe hôtelier ? Plutôt un exercice de sondage. Ca fait quoi Colette le coup de sonde dans le sternum ? Étonnant comme on peut confondre une neige dure avec un futur transis de froid.

La descente sera rugueuse. Premières chutes. Xavier et Etienne entament une compétition de gadins sous l’œil amusé de Jean qui signe la montagne avec élégance.

Quelle première journée magnifique ; et un premier succès (héroïque au moins), premières satisfactions, et après ces 8 km, on va retrouver la chaleur du gîte, heuu quoi ? qui veut faire un exercice ARVA ? Mais bien sûr avec plaisir. Entre 3’ et 5’30, c’est honorable.

 

Au gîte, c’est l’affrontement : météo blue prévoit l’apocalypse fait vent. Météo France de simples rafales. Où donc passera la tempête Ciara ? Suite au prochain épisode.

 

 

 

 

 

Lundi 10 février : Pic Traversier

 

Pas de courbatures, des pieds qui ne tombent pas encore en morceaux, mais les premiers élastoplastes sortent des sacs. Le Bera est de 1-2, le soleil éclatant, en montant sud-ouest sur une pente nord, on devrait être protégé. Ce sera le Pic Traversier.

On retourne au pont de Lariane, mais sur la pente opposée de la vallée. La neige est nettement plus douce. Montée dans une forêt de mélèze enchanteresse. On voit tout le temps les montagnes et le vallon de Longet se découper. Même si le thermomètre indique -7, il y a une douce chaleur, pas de vent, la pente est régulière, aucune coulée de neige. Faut pas contrarier P-Y (ou plutôt pas plus de 2 contrariétés) ! Jean s’essaie à la trace, Colette au serre-fil. On y découvre que trainer 2 kg de neige sous les skis, ça donne comme un coup de barre. Heureusement, Jean a le savon magique qui fait luire les peaux. Un personnage discret s’est également invité : la Vierge, reconsidérée à la lecture de mémoire de fille d’Ernie Ernaux. Débat passionné. A l’autre bout de la ligne de randonneur, c’était la différence entre lunetier et opticien qui était débattue.

La première pause nous voit tout souriant de plaisir. On repart, on sort les couteaux pour la pente de l’antécime, puis on laisse le col Longet et on oblique pour atteindre le sommet. Tout le monde se sentait bien. Le vent nous y attendait avec impatience ! Les joues sont giflées, congelées, on tire des têtes du loup de tex Avery devant une pin-up. Du haut du pic Traversier, 2882m, on aperçoit l’observatoire du pic Renard, le pic de Peynin, et toute la chaîne des alpes du sud. Emerveillement. Le bleu est intense, pas un nuage ; la montagne semble accueillante ; pourtant pour un rien ces rochers deviendraient menaçants. Ca dépeaute dans la tempête, ça caille dur. On pique-niquera plus tard. On redescend par les mêmes pentes, que c’est jouissif. La neige est agréable, les pentes pas assez raides au goût de Jean et P-Y. On retrouve les mélèzes et les premiers slaloms, puis le fond de vallée et la voiture. Ce furent 10km de plaisir. Direction un bar à la vue imprenable pour fêter nos genoux. Ca termine en beauté l’après-midi et nous met de fort bonne humeur pour le repas du soir.

 

Que fait-on dans un gîte de montagne ? Le sauna bien sûr. Calme et volupté. En bas, c’est la seconde manche de météoblue vs météo France, l’examen des cartes, le premier des 3C. P-Y se renseigne sur comment chacun de sent, est-ce que faire un tour un peu plus long est possible, quelles sont les envies. Les lectures partagées entre philosophie de la montagne (pourquoi donc se lancer là dedans ?), au yoga, en passant par le grand voile qui obscurcit la réalité ou la vérité, je ne sais plus (enfin, j’ai pas tout compris), ou la dépression d’un écrivain roumain. Tout un programme ! Heureusement, c’est aussi le récit de Jehanne découvrant le ski de rando qui a fait résonner de nos rires cette belle salle commune aux arches voûtées.

 

 

 

 

 

Mardi 11 février : Tour des crêtes de Reychasse

 

7.30, salle commune/ Meteo truc et bidule ont malheureusement tous les 2 raison. Il fait un temps dégueu. Il flotte. Le ciel est laiteux. On voit pas les montagnes. Tout est humide. Première défection. XP se rappelle soudainement que sa grand-mère (Dieu ait son âme) a urgemment besoin du compte-rendu de la dernière réunion familiale. Il se sacrifiera et restera au chaud heu sur le front … de la cheminée.

Les 7 braves rabattent leurs capuches et se dirigent vers le hameau du Roux, enfin sur les chaines dans le coffre d’abord. C’est le début de la boucle retenue qui ira chercher le soleil en Italie, à sa frontière en tout cas. Le début fut douloureux. Montée sous la pluie dans un vent fort. Silence dans les rangs. Colette n’a peur de rien et prend la trace. Le vent se renforce avec l’altitude. L’humidité ne lui ajoute pas quelques degrés. Il fait frisquet. Les casques et masques ont été sortis. Pour un peu, on entendrait les mouettes. Mais le vent, fidèle à la tradition, chasse un peu les nuages. Ce n’est pas le grand bleu, les étendues de montagnes à perte de vue, mais un peu de soleil qd même ; pas suffisant pour siester entre 2 combes de neige, mais suffisant pour donner de belles couleurs.

Le point haut sera de 2717 m et la boucle fera un bon 14km avec ses 1100m de D+ et le groupe affrontera sa descente la plus raide … un petit couloir à 40° suite  à une petite erreur d’itinéraire. Chacun dans son style affrontera cet obstacle. Le repas du soir n’en sera que plus mérité. D’autant que le vent a empêché le pique-nique. Au retour, les traits sont un peu tirés (ou juste figés dans le froid !), la douche remettra tout ça d’aplomb. P-Y montre, explique à chacun les différentes possibilités pour le lendemain. Entre “Iphigénie” et les différentes projections du BRA (bulletin des risques d’avalanche) sur les pentes, en fonction de l’expérience du groupe, la préparation d’une sortie semble faisable même pour quelqu’un qui n’a pas sillonné le Queyras comme P-Y. Fausse assurance que donnent les analyses claires de P-Y.

Premier Trivial pursuit, pour réviser sa « culture » de 2001. On y apprend plein de choses passionnantes, par exemple que Malraux avait un chat, et que le raton laveur est le cousin de l’ours (mais en fait non car linné s’était trompé de case en rangeant le raton laveur dans l’arbre philogénétique).  Il y eu 4 vainqueurs, 4 vaincus. Ca montre au moins que nous étions de nouveau 8.

 

 

 

 

Mercredi 12 février : Pointe du Rasis par le col de prés Fromage

 

La traîne de Ciara s’est changée en grand soleil. Une des plus belles journées. Après beaucoup de discussions car on craint un peu les déplacements de neige et les plaques à vent, P-Y emmène tout le monde vers le hameau de la Rua un peu au-delà de St Véran. Ca descend un peu avant d’attacher les peaux. Cécile prend la tête ; la vérification arva est maintenant bien rodée, tout le monde se met spontanément en rang, une véritable classe de CM1. Et on commence la montée. Doucement, un peu trop peut-être, et à la première pause, nous sommes un peu en deçà de la trace bleue ign. L’heure des choix, contourner le promontoire devant et remonter ensuite, ou grimper dans le mélèze. Ce sera les mélèzes, 300m. Mais, il faut croire qu’on aime les mélèzes, on appuie un peu trop sur le promontoire, pas assez sur la pente, et on risque de les voir d’un peu trop près les racines des mélèzes ; conversion et grande traversée avant de remonter sur le chemin ; ils étaient beaux ces arbres. T’inquiète on les retrouvera. On arrive au col des prés Fromage qu’on laisse sur notre droite. Les autres pics, combes, rochers se révèlent, c’est encore une fois somptueux. Non, mieux que ça, c’est harmonieux dans cette diversité de paysages.  Une grande combe se présente, avec de zolis pentes pleine d’une zolie neige. Cécile et Jean jugent préférable de la longer par la droite quitte à redescendre un peu. Nous montons, fixons les couteaux, convertissons ; Etienne commence ce qui deviendra une spécialité : parce que faire des conversions quand on peut tracer direct, c’est de la flemmardise. Le beau signe du $ sur la combe est une création groupée ! Enfin, la pointe du rassis et ses 2844 m! ah non, pas encore ? Pourtant le vent qui tempête toutes nos victoires est bien de la partie. Non, décidément, il faut longer cette crête. Saisissant le paysage des 2 côtés, époustouflante la vue sur tous les Ecrins et tout le Queyras ; vertigineuses ces longues pentes blanches ; un peu trop. La crête se poursuit entre rochers et neige ; les couteaux crissent, l’espace n’est pas large, la vue est sans obstacle ; on domine ; le sommet est à la même hauteur ; on dépeautera ici. Une pierre de lune d’eau salée gelée y a été déposée ; une edelweiss y poussera surement.

Colette reste assister Xavier qui comprend mal la différence entre la pierre et la neige ; ca viendra. Puis commence la descente emmenée par le flamboyant Jean. On retrouve les mêmes combes de neiges, mais également la nécessité de ne pas perdre trop de hauteur. On file sur plusieurs mamelons en haut en bas selon les talents, puis on retrouve la ligne des mélèzes où Jean nous fait une trace au cordeau pour ne pas avoir à remonter. La neige est souple, silencieuse, pousser sur les bâtons est presque un plaisir. On s’enfonce comme il faut. Et on retrouve notre lieu de pause. Il est 16h, la journée est déjà bien entamée mais pas finie. On descend sur le sentier, la neige commence à transformer, dure comme du bois, on coupe entre les arbres, pour un concours d’emplafonnement de mélèzes entre Xavier et Etienne ; vous connaissez les dessins animés, c’est pareil ; on retirera les brindilles en bas…

Pas mécontent de retrouver la terre plate à 18h après ces 18 km et 1200m de D+. Ce fut une grande journée. Poser les pieds sous la table semblera presque pardonnable. Et puis, Florence nous apprend l’effet des légumes oubliés qui auraient dû le rester, sur les séances du sénat : tout un poème.

 

 

 

 

 

 

 

 

Jeudi 13 février : Pic Cascavelier

 

Et c‘est reparti, en trainant un peu moins que la dernière fois au démarrage. Après quelques discussions sur le pic à atteindre, le choix premier est délaissé. Direction comme la veille à la Rua. Montée proche de l’idéal, ça grimpe sans effort. Colette fait bravement la trace, la pente est parfaite, le soleil est presque parfait, la neige est souple, ça monte rapidement; on sort des mélèzes, la vue se déploie une nouvelle fois. On atteint le sommet, on aura même le temps du pique-nique et du pousse-café. Enfin quand on trouvera du café. Béatitude, non pelletage ? qui s’est foutu dedans ? Ah exercice, 2 groupes, en quart de cercle, 1 creuse, les 3 autres déblaient, et ça tourne pour arriver au pied de la sonde. Un peu de transpi, c’est bon pour la digestion ; si quelqu’un trouve un manche de pelle black diamond, merci de me le retourner ; les mémoires d’outre-tombe en cadeau. Après cet intermède bonhomme de neige, descente en douceur et en plaisir vers les mélèzes ; reconcours de mélèze entre Etienne et Xavier. Les mélèzes y sont laissé des plumes, mais ils se sont bien battus, et Etienne s’offre quelques minutes de repos étalé sur la neige.

Les premiers flocons tombent à l’arrivée à la voiture. Timing parfait. Nous profiterons des aiguilles vieilles, son clocher, son bistrot fermé, ses 2 rues ; et son gite surtout.

 

 

 

Vendredi 13 février Tour du Pic de Jaillon

 

Ne tergiversons pas, P-Y nous a gardé le meilleur pour la fin. Il a neigé toute la nuit, il fait grand soleil, nous sommes en pleine forme.

[Ici Xavier a arrêté d’écrire, c’est Cécile qui prend la suite pour finir, autant vous dire que le style va être plus direct]

Cette dernière journée c’est le feu : 1100 mètres de dénivelé de pur bonheur, aussi bien à la montée sous un ciel superbe, qu’à la descente, belle et facile, on voudrait qu’elle ne s’arrête jamais. Même pas besoin de pousser sur les bâtons, nos papillons resteront au repos aujourd’hui.

 

 

 

Et samedi : c’est le départ, les chanceux restent dans le coin, les autres rentrent sur Paris dans les bolides d’Etienne et Xavier, mais pour tous c’est le stop ravito fromages et saucisson pour tenir le coup jusqu’à l’arrivée.

 

 

En conclusion : super semaine, tout le monde s’est régalé de pics, de cols, de neige et aussi de lasagnes, de hachis parmentier, mousses au chocolat, sauna … tout ce qu’on aime ! A refaire car le Queyras est inépuisable de belles sorties acce

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Ecrit par : samuel