Mallorca (septembre 2011)

Madrid, samedi 24 septembre 2011, 16h

Cher journal,

Je t’écris de l’aéroport. Voilà 4h qu’on est là, dans cet « aquarium » comme dirait Amaury. Delphine nous a rejoints il y a 2h30. Elle avait un avion plus tard, et elle a aussi pris le temps de manger un sandwich, qu’elle a commandé en espagnol tellement elle est bilingue.

On est en file indienne devant la porte d’embarquement depuis une demi-heure mais il ne se passe rien, hormis les petites vieilles qui essaient de nous gruger.

Finalement, on décide de faire un sitting et de reprendre notre jeu de tarot. J’aime bien, j’arrête pas de gagner. Faut dire aussi que je récupère à chaque fois tous les atouts et les oudlers dans mon jeu (même quand ce n’est pas mon tour de distribuer…).

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Même jour, minuit, à l’hôtel

Cher journal, il faut que je te raconte notre arrivée à Palma… Déjà, 2h de retard (1h passée à attendre l’embarquement, et 1h passée dans l’avion à faire des petits tours sur le parking géant). Ensuite, il était 19h mais il faisait déjà nuit. Et enfin, il y avait un peu de pluie… On arrive sans encombre à l’hôtel (si ce n’est les « 10 mètres de marche » indiquées par Sadek, que nous avions tous interprétés par « 10 minutes de marche »…). Xavier (tu sais, le gars qui n’a pas d’adresse mail) nous attendait avec impatience (et avec une bière).

On a voulu manger des tapas, et c’était une expérience extraordinaire ! Lorsqu’on arrive, le serveur nous présente notre table, et nous demande ce qu’on veut. On demande la carte. Il part la chercher, et le patron arrive. Il nous demande de venir choisir directement au comptoir. Delphine, notre (courageuse) interprète, lui demande ce que c’est que ces plats. Il explique une ou deux fois, en précisant que ceux à sa droite sont chauds, et ceux à sa gauche sont froids. Il demande comment on veut nos assiettes (une grande à partager, chacun la sienne…). Delphine lui dit qu’on va partager, mais crois qu’il comprend le contraire. Donc elle dit à Vinh « vas-y, choisis ce que tu veux ». Vinh prend des champignons et se déplace vers les plats à droite. Le serveur soupire et dit pour la troisième fois « aqui, caliente, y aqui, frio ! » (Ici le chaud, et ici le froid !) Vinh le regarde, Delphine demande plus de champignons, il demande ce qu’on veut comme assiette, elle demande des poivrons, il répond qu’ils sont froids, elle dit qu’on veut une grande assiette pour tout le monde. Il soupire, déglutit péniblement, transvase les champi dans une autre assiette, et on continue à lui montrer les patates, les sardines, les poivrons, et il continue à nous dire que c’est froid, sans nous les servir. Au bar, le touriste allemand me dit :

  • « Sprechen Sie deutsch ? Er versteht besser… » (Vous parlez allemand ? Il comprend mieux…)
  • « Ach so… » (Ah) je dis.

Et comme il voit que je maitrise la langue de Goethe, il entreprend de m’expliquer :

  • « Das ist warm, und das ist kalt… » (Ça c’est chaud, ça c’est froid)
  • « Aber das haben wir verstanden !! » (Mais ça on a compris) je dis, sans comprendre pourquoi on insiste tant sur cette frontière entre le chaud et le froid…

Finalement je discute avec l’allemand, le patron nous remplit des petits ramequins de chaque plat, et on part enfin s’asseoir et manger. Après ça, obligé, on est allé se baigner. Le croissant de lune au-dessus de nos têtes, les voiles des bateaux qui cliquètent sous la brise du soir, la plage de sable fin rien que pour nous, l’eau chaude comme les mers des tropiques… c’est comme qui dirait l’extase. Rentrés ensuite à l’hôtel, nous accueillons Annabelle et Sadek.

Dimanche 25 septembre, Cala barques

Aujourd’hui, c’est l’anniversaire de Nathalie.

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Cher journal, je t’écris de l’arche de Chris Sharma (du moins, c’est ce que dit Sadek, mais ce n’est pas la king line). Vinh mange des graines sur son caillou, Sadek est suspendu au-dessus de l’eau, les 4 pattes en l’air accrochées sous l’arche (une petite), Delphine nage, Annabelle et Xavier essaient une traversée au départ expo (si tu tombes, t’atterris pas dans l’eau, mais sur d’autres rochers) et Amaury est parti chercher une traversée hors de la grotte, histoire de prendre le soleil. Du rocher, des prises, du soleil, et la mer en crash pad. Que demander de plus ?!

Cher journal, j’ai un nouveau surnom… Pour le psichobloc il fallait des vieux chaussons. J’ai pris mes cobra orange, et Vinh ses verts décathlon. A la fin de la journée, ils avaient déteints sur nos pieds. J’étais toute orange (comme du henné), et lui, tout vert. Annabelle remarqua très justement que c’était les couleurs des tictac. Il fut donc décidé que je serais tic, et Vinh, tac. Après le dîner, nous avons donc très logiquement binômé pour jouer à Crôa, un jeu terrible où des grenouilles sanguinaires s’entretuent dans une mare aux nénuphars. Mais on a perdu, Annabelle a haché menu notre grenouille reine…

Lundi 26 septembre, Cala Magrener… (page 163 du topo…)

Aujourd’hui, Auguste fête son 5ème anniversaire.

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Cher journal, je ne sais pas si tu as déjà vu ce que je vois… Un endroit sous les pins, ombragé, la plage en contrebas, la mer turquoise à droite, et les falaises en face. C’est juste paradisiaque. On ne résiste pas (surtout après la marche d’approche sous le soleil brûlant), on se jette tous à l’eau !!

Le soir, à l’hôtel

Au diner : aubergines au four puis revenues à la poêle avec de la sauce tomate (que Delphine a achetée à l’épicerie du coin parce qu’on l’avait oubliée en faisant les courses ce matin) et pates torsadées. Très très bon. Merci Annabelle ! Alors, les perf du jour (de Tic et Tac) : échauffement dans une 6b (on avait amené le mauvais topo…). On a tapé nos essais l’un après l’autre, Sadek est venu aussi un moment essayer de dépasser la 2d dégaine (il voulait poser la moul’ pour récupérer le maillon rapide qu’il avait laissé dans la voie d’à côté). Finalement, avec les éclairages de Tac (dans la partie ocre, à 1m à gauche de la dégaine, ya un assez bon trou dans lequel il faut arriver main gauche, sinon, c’est la fin) et avec sa dextérité, Tic (moi, donc) parvient à poser la 3ème dégaine, puis la 4ème, puis la 5ème, puis le relai. Le tout avec grâce et élégance. Mais sans public, parce que nos compères étaient retournés sous les pins pour dormir et manger… Quand on les rejoint (avec le maillon de Sadek), ils s’en vont sur les falaises qui ont les pieds dans l’eau. Comme ça, on peut les regarder grimper en mangeant notre quignon de pain. Puis, on pose le hamac et je m’endors pas loin de Delphine. Trop dure la vie. Après ça, baignade, (masque, palmes, tuba, poissons), grimpe (dans le 5 cette fois) et retour à l’hôtel (je pense que j’ai encore dormi dans la voiture). Là, on retrouve Jean-Baptiste, fraîchement arrivé.

Mardi 27 septembre, S’estret

Aujourd’hui, c’est l’anniversaire de Benji chéri.

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Ce matin, on a décidé d’acheter le topo. Annabelle, JB, Sadek et moi partons donc à Palma, capitale de Majorque, chez inter sport. On hésite pendant un bon bout de temps. Il y a un topo dédié aux psichoblocs, un autre, même collection, dédié aux falaises, tous les deux bilingues espagnol/anglais, et un autre qui a l’air plus pratique, tout en anglais, mais 10€ plus cher. Pendant que Sadek et moi épluchons tout ça, JB essaie les chaussons et la magnésie, et Annabelle essaie les lunettes de soleil. Finalement on prend le topo le plus cher, et on va à El Corte Ingles voir s’ils ont des birkenstock (les sandales allemandes. Ils sont fort les Allemands). Pas trouvé. Alors on se promène dans les ruelles, JB achète finalement des crocs, et on rentre à l’hôtel. Les autres trolls sont dispersés je ne sais pas où. Plage, supermarché..? Il est plus de 15h quand on prend la route direction Valldemossa, grimper à la fraîche.

C’est moi qui pose les paires aujourd’hui. Tout se passe bien (5, 5+, 6a – hormis le départ, mais passons…), jusqu’à ce qu’arrive un mec avec sa môme, si petite qu’elle pourrait s’accouder au trottoir (Il me semble que c’est le petit Nicolas (Sempé) qui dit ça au début d’un de ses bouquiins…), et son chien. L’une chouine péniblement, et l’autre lance des aboiements inopportuns. Avec tout ça, impossible de se concentrer, et le crux de la 6a+ me résiste. J’abandonne et laisse la main à Tac. Il passe laaaaaaaaaaaaaaargement à droite (d’aucuns diront que pas du tout, c’est dans la voie. Mais elle s’appelle « ménage à trois », collée serrée entre deux autres voies, et il est difficile de distinguer à qui appartiennent les prises), donc je tique, car c’est une attaque à mon éthique (notons, pour ceux que ça intéresse, que mon éthique permet le tirage aux clous….). Je retente ensuite (en moulinette), et m’efforce de monter tout droit. Ça fait peur, mais c’est beau. On se finit ensuite sur une facile, qu’on croyait appartenir au top 50, mais en fait non, celle du top 50, c’est celle où il y avait les deux Espagnols…

Ce soir, en hommage aux week-end Bourgogne (spéciale dédicace de Xavier), on a mangé des raviolis végétariens (pourquoi végétarien ? Parce que je suis végétarienne, comme Jane Goodall, comme Tolstoï, comme Einstein, comme Lise, comme Cricri…), avec pesto et sauce tomate (pourquoi sauce tomate ? Parce que Delphine ne voulait pas de pesto…). Après, j’ai failli gagner au scrabble (merci Sadek !), mais le dernier coup de Tac était si brillant (n’empêche que sans Amaury, tu n’aurais pas pensé à ajouter « en » à ton « tonnez » !), qu’il a marqué plus de 100 points d’un coup, nous écrasant tous…

Mercredi 28 septembre, Puig de Garrata

Aujourd’hui, ça fait 4 ans qu’Adrien a soutenu sa thèse

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Cette fois, on s’est levé très très très très tôt pour pouvoir grimper avant le réveil du soleil. Pas de petit déj (enfin… Sadek, toujours aux petits soins pour nous, s’était levé encore plus tôt, pour faire du thé et distribuer des madeleines – à l’huile de palme (pourquoi c’est mal, l’huile de palme ? Parce que pour en produire, il faut planter des palmiers à huile, de plus en plus, et que pour avoir de la place pour cette monoculture, on brûle ce qui reste de la forêt indonésienne, faisant ainsi disparaître un riche écosystème, et la maison des derniers orangs-outangs) :/), pas de courses, donc départ rapide. Il me semble qu’on roule vers la côte Est encore une fois ? On arrive sur le parking, à côté des « water work buildings » décrits par le topo, et on suit le sentier « well cairned ». Ça monte… Et là haut… Vue sur la baie, illuminée doucement par les premiers rayons pâles du soleil.

Sur les 3 photos du topo, on en reconnait une. Celle des voies en 4 et de la 5+ (The wall). Tac part en premier aujourd’hui, et on décide de faire le mur. Il galère un peu, c’est bien, comme ça je vois par où il faut passer. Après ça, on cherche Snoopy pour faire une 6a. Surprise, en haut, il n’y a pas de relai. Alors on descend sur le dernier point, mais avec un petit goût d’inachevé. A gauche de Mafalda (5), est sensée se trouver une 6a+. Vinh s’épuise un peu sur le premier pas (Je me permets de dire ça, parce que moi, je l’ai super bien fait ce départ…), et après la 4ème dégaine, il s’aperçoit qu’il n’y a pas de suite. Franchement, bravo les Majorquins hein… Super… du coup on bifurque sur Mafalda, qui est bien rigolote. Vinh, insatiable, part dans Metallica en espérant enfin trouver un 6a digne de ce nom. Je réalise dans le crux de cette voie, un magnifique (en fait, je n’ai toujours pas vu la photo. Si ça se trouve, d’en bas, c’était très moche à voir…) crochetage talon (alors même que j’avais mes boldrini, et non pas mes chaussons spécialement conçus pour ce mouvement hautement technique). Après ça, Vinh court dans Lucifer (6a). Moi, je suis trop nulle, je demande un sec dans le toit, parce que j’ai mal aux bras. Mais si on ‘a mal aux bras, et bien il faut monter les pieds et puis voilà. Et même, comme dirait Jéjé, si tu ne sais pas quoi faire, t’avances !

Enfin bref, du coup, après cet acte lamentable, on décide d’arrêter de grimper, et de jouer à la bataille corse avec Moïse. Moïse, c’est JB qui marche avec un bâton. Parce que JB, dans sa seconde voie, a chuté avant le premier point (assez haut), et a atterrit dans les buissons épineux. Sa cheville a doublé (triplé ?) de volume. Xavier et Sadek ont apporté les premiers soins, et maintenant, il boite. Et en plus, il a perdu à la bataille corse, et décrète que c’est nul comme jeu. Comme Delphine se réveille de sa sieste, on décide de faire un kems, pendant qu’Amaury, qui a brillé dans Metallica (sans crochetage talon) se lance dans Lucifer. Je crois qu’on peut dire que Tac et moi avons été battus à plate couture. Mais n’empêche, on a bien rigolé, et dans la voiture du retour on a mis au point des supers signes pour les prochaines parties. Rentrés tôt à l’hôtel (à l’origine parce qu’on pensait faire du psichobloc en centre ville l’après-midi), on vaque à nos occupations diverses et variées (sieste – Annabelle, Delphine et moi ; courses – JB et Vinh ; plage – Xavier et Sadek, puis tout le monde ; lecture – Amaury (Délicatesse, qu’il doit finir pour me le prêter après)). Pour le diner, Tac et moi avons fait le gâteau de courgettes, découvert chez Cécile avant de partir. Superbe réussite. Tellement beau que j’en ai fait un film. Et avant ça, JB nous avait préparé de la guacamole. Repas de fête ! S’ensuit une partie endiablée de uno. Pas de pitié. Ça va très vite. Encore une fois, j’ai failli gagner, jusqu’à ce qu’Annabelle passe devant…

Jeudi 29 septembre, Cala barques

Aujourd’hui, interpellation de Michel Neyret, numéro deux de la PJ de Lyon

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Vu que Moïse ne peut plus grimper, le mieux, c’était encore de l’amener voir l’arche de Chris Sharma (ou soit disant), pour qu’il puisse au moins nager…

En passant par la plage aux vaches, on se fait une petite session de slack line. Puis, Delphine lance un atelier plongeon, Amaury fait de la spéléo sous-marine, Sadek perd ses verres solaires dans un saut de la mort, je fais la sieste, et Annabelle explose tout le monde au scrabble. En somme, encore une dure journée…

Le soir, on était sensé aller au restau, mais la femme de Nabil (le frère de Sadek) nous avait préparé un couscous géant ! Comme ce n’était pas prévu, JB et Delphine avaient servi de la caïpirinha à tout le monde. Mariage incongru mais charmant (enfin, moi je dis ça, mais je buvais du jus qu’ils avaient spécialement conçu pour Sadek et moi. Merci !). Après, on voulait aller manger une glace (Enfin, entre le couscous et les glaces, il faut quand même annoncer quelque chose d’incroyable… On a crée une adresse mail à Xavier !!!! Alors d’accord, il faut maintenant qu’il apprenne à consulter sa boîte, mais c’est déjà un début, et c’est formidable !). Après tout, c’est les vacances, et pendant les vacances, on mange des glaces. Sauf qu’avec Moïse, on ne pouvait pas beaucoup marcher, et de toute façon, il n’y avait pas de bons glaciers à côté. Alors on prend les voitures, on attend que Nabil vienne nous montrer le chemin, et finalement, le bon glacier est fermé. Alors on rentre et on va à pied au mauvais glacier, mais il est aussi en train de fermer, parce qu’il n’est pas loin de minuit maintenant, avec tout ça. Du coup c’est la loose. Alors, on finit les cônes du congélateur, et Tac et moi allons acheter une tablette de chocolat noir à la menthe, et on finit celles que Sadek avait achetées la veille (milka amandes ou noisettes). Amaury, Tac et moi se lançons dans un crôa. En fait, c’est nul ce jeu, j’arrête pas de perdre. Du coup, je vais me coucher. Après tout, on se lève tôt demain.

Vendredi 30 septembre, La Creveta

Aujourd’hui, c’est la fête de Jéjé.

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Départ 8h pour amener Amaury et Moïse à l’aéroport.

On les jette sur le parking, et du coup, Delphine et Xavier se retrouvent seuls dans leur voiture de kékos (une seat ibiza qu’on loue). Ils font alors une chose horrible : ils nous kidnappent Tac !! Voilà Tic et Tac séparés sur tout le trajet jusqu’au supermarché à la sortie de Pollença… On achète des baguettes chaudes, des graines, des carottes et surtout des bidons d’eau. Puis, on va se garer au cap Formentor. Et là… Wahou ! (photo ci-contre)

On avale la vue, on respire le vide, et on descend chercher les secteurs (pas gringo star, ça, c’est pour les forts). Accès un peu scabreux, mais rigolo. Et voilà qu’il se met à pleuvoir. Des gouttes aussi grosses que la phalange de mon auriculaire (T’imagines le truc de ouf ?!!) ! On s’abrite sous un palmier, ça se calme, on repart. On essaie de se frayer un chemin dans cette végétation dense qui te cache tes pieds (et les éventuels serpents, scorpions, mygales, pierre, crevasse…) et qui te griffe les jambes. Et finalement, on tombe sur un Suédois et une Finlandaise en train de grimper dans le 4. Plus loin, un Allemand et une Suissesse qui nous libèrent une 5 (Camisiasque) très jolie (dixit la Suissesse). Je m’équipe, et la pluie retombe. Je glisse la corde de roc14 sous un rocher pour la préserver, l’Allemand continue sa progression (il est dans la 6a+ à côté (Krilin)), et d’ailleurs, il me semble qu’à ce moment là, il était dans le crux. Ils sont vraiment forts les Allemands…).

Enfin, les nuages arrêtent de pleurer, et je m’élance. Mon Dieu ! Mais c’est tout mouillé ?! N’est-ce pas folie que de partir là dedans ? En plus, c’est à moi de poser les paires aujourd’hui… Allons, c’est du 5, arrête ton chichi… (spéciale dédicasse à Jonchris) Voilà, le crux est passé, maintenant, c’est que du plaisir. Je double même Annabelle qui grimpe à côté (oui, aujourd’hui, 3 binômes mixtes, et dans chacun, les hommes nous ont laissées partir en first. Quelle galanterie !) (dans une voie du top 50). Après ça, on fait Hyperion (5+- 26m), puis Krillin (6a+ donc) (uniquement la première partie, il y a un relai au bout de 8 mètres, puisqu’ensuite elle rejoint Hypérion). Ensuite, on part dans une 6a+ du top 50 : Records de Bunyola. 30 mètres. Le topo dit « sustained, but never desesperated ». Cool. Je pense qu’on aurait pu ajouter : « Cette voie est une étape dans la vie du grimpeur local » (ça, je l’ai lu dans le topo de Vertu). Je compte mes dégaines chéries les plus belles du monde entier de l’univers, même en comptant les planètes pas encore découvertes, je respire fort, et je m’élance. Je raconte encore une ou deux blagues à Sadek (qu’est ce qu’on se marre avec Sadek, il est trop fort ce gars), je clippe la première dégaine (Ernest) et me voilà concentrée. Vers le milieu, petit doute sur l’état de mes bras. Je repense à Lucifer, et je me parle à moi-même pour me dire de bien poser les pieds, et d’attendre le bac qui ne saurait tarder, pour me reposer un brin. Et de toute façon, je ne peux pas faire sec, je suis au-dessus du point (c’est une bonne idée ce que je me suis dit, nan ?). Et voilà. Bien vu Tic. Bac énorme qui m’accueille les bras ouverts. Je me refais, et j’enchaine la suite sans heurt ni douleur. Idem pour Tac. Enchainements de Tic et Tac, on passe à la suivante que Sadek vient de redescendre : 150 sipis (6a+ – 30m). Elle fait très peur. Mais pareil, je n’ai pas pu faire sec, j’avais déjà dépassé la dégaine… Du coup, encore un enchainement de Tic et Tac. On décide de passer aux choses sérieuses.

L’Allemand et la Suissesse (Michèle elle s’appelle) sont partis se baigner, Sadek et Annabelle sont partis manger, Delphine et Xavier ont disparu avec la seat ibiza, nous sommes seuls avec la falaise et le soleil (il doit être quelque chose comme 15h). Je choisis la voie numéro 22, Ball o’en banyeta verda (6b – 30m) (pour la 6b numéro 23, le topo disait « tricky for short ». Alors bien sûr, je ne suis pas petite, mais par principe, je boycotte les voies morpho….). Je mange quelques graines, je bois quelques gouttes, je laisse la roche me parler, et soudain, voilà mon corps qui tressaille. Comme des ondes qui me parcourent. Mes yeux s’illuminent. Ca y est, je sens la voie. Je m’avance, je prends contact avec la paroi, je respire (encore et toujours), et je m’élève. Tac tac tac, j’enchaine les prises, les mouvements, les placements, les clipages, je doute de mes pieds et j’oublie sur quoi ils reposent, je dis à Vinh « tu fais gaffe hein ? » ou « T’es avec moi hein ? » (avec qui d’autre pourrait-il être ? Nous sommes seuls avec la bise…), je plonge mes mains dans la magnésie, je respire, je charge, je me place, je clippe, je respire25, j’anticipe la suite, et je me demande comment je vais passer ce toit, tout en haut… D’ailleurs, voilà que j’y arrive au toit. Il est là, au-dessus de ma tête, menaçant. Première chose à voir : « où est mon prochain point ? ». Seconde chose à voir : « où se trouvent les points des voies d’à côté ? ». En fait, mon point est bien à gauche. Très très très loin sur la gauche. Quelle horreur. Je déglutis. Est-ce que j’ai des pieds de mammouth pour traverser au moins ? Que dalle. Je déglutis de nouveau. Bon, des bacs alors ? A voir… J’inspire, et je pars. Quelle rigolade. Il n’est pas si loin ce point en fait. Et le toit, quelle blague ! Des bacs plus gros que ceux de la verte du grand devers ! Ouf. Ah mais mon Dieu ?! Je n’ai plus de point jusqu’à la chaine, 5 mètres au-dessus de ma tête ?! Quelle angoisse à nouveau… Et voilà. C’est fini. 6b enchainée. C’est peut-être bien la première de ma vie, en falaise j’entends. A Majorque. Si c’est pas géant ça !! Tac s’en sort avec une chute et un sec.

Maintenant, que faire ? Voir plus grand ? Ou rester sur ce goût de grandiose ? Je repère une 6b+ plus à droite. Leuchturm (à moins que ça, c’était le nom de la 6a+ à sa gauche ?). On va la voir (faut escalader pour rejoindre la vire de départ, c’était encore dangereux ça, tient…). J’hésite. Je regarde l’espacement entre les points (très très important ça, l’espacement entre les points), je regarde comment atteindre la première dégaine, je regarde le vide sous la vire, et je regarde la 6a+ à gauche. Et finalement, je pars dans la 5+ à droite, Angsthase (27 m – mais peut-être en comptant l’escalade en solo pour atteindre la vire). Voilà. Ce fût notre dernière voie à Mallorca. On est redescendu, on a rangé la corde, et on est allé retrouver le sac de nourriture. Il était 17h30, la lumière était magnifique, Annabelle et Sadek se terminaient dans krillin, le fromage était trop bon, et au loin, on entendait chanter les oiseaux.

remerciements

Remerciements

  • A toi Sadek, énorme merci. Pour l’idée, pour l’hôtel, pour la conduite, pour le chocolat, pour le pain, pour les croissants, pour les biscuits, pour le lait à la fraise, pour les glaces, pour le thé, pour les tisanes, pour le coffre fort, pour monter 15 fois par jour dans ta chambre pour aller l’ouvrir, pour ta jovialité, pour ton énergie, pour les sauts de l’ange, pour l’école de plongeon, pour avoir arrêté toutes les personnes croisées (dans la rue, sur la plage, sur les parking, au pied des voies, à l’hôtel…) en leur demandant « Hola ! Where do you come from, guys ? » afin de me trouver des Allemands, pour m’avoir conseillée au scrabble, pour nous avoir accompagnés jusqu’aux portes d’embarquement…
  • A Delphine, merci pour ton rire permanent,
  • A Annabelle, merci pour les bons plats du soir,
  • A Xavier, merci de nous avoir confié la création de ton adresse mail,
  • A Amaury, merci pour les vaches, les mouches, et les grenouilles (même si c’est toujours Annabelle qui gagnait),
  • A JB, merci d’avoir gardé le sourire après le drame, et merci pour le guacamole,
  • A Vinh, merci d’avoir binômé avec moi, merci d’avoir (un peu) porté la corde, merci aussi pour le hamac.
  • A Nabil, merci pour son accueil chaleureux,
  • A sa femme, merci pour le couscous,

« Le tic tac des horloges,

on dirait des souris qui grignotent le temps »

A. Allais

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Ecrit par : Vincent