Tenerife en interclub, Décembre 2019

Une sortie d’escalade interclub organisée par Roc14 s’est déroulée du 07 au 18 décembre 2019 avec pour destination une île espagnole faisant partie des Canaries. En latitude elle se situe a peu près au niveau du Maroc distant de 100 km. À ces dates en région parisienne il a plu durant les 11 jours, à Tenerife c’était 11 jours de beau temps effectifs pour la grimpe. On emploiera avec précaution le terme de vacances car on est tous revenus bien plus fatigués qu’au départ.

La team était composée de 8 personnes : Mathilde (Roc14), Guillaume (Roc14), Maxime (Roc14), Yujie (Roc14), Yan (Roc14),  Élodie (Esc15), Ludovic (Esam) et Melvin (Esam). Cette sortie s’adressait aux grimpeurs autonomes en falaise. On a emporté le matériel de trad et de grande voie mais finalement on ne s’en est pas servi.

 

Jour 1 : L’avion est à 6h40 donc lever vers 3h30 pour tout le monde c’est le premier crux de la journée, surtout avec les grèves concomitantes. Melvin et Ludo arrivent de Normandie, tandis que les autres réservent un taxi commun. Heureusement tout le monde arrive à bon port et c’est à deux minutes d’intervalle que les groupes se retrouvent à l’aéroport. Le vol atterrit vers 10h à Tenerife et à la descente on peut voir le sommet du volcan Teide (3718m) enneigé. Le temps de louer 2 voitures nous sommes à 11h30 à l’appartement. Pas le choix, il va falloir grimper aujourd’hui ! À peine le temps de poser les valises, on part vers le fameux secteur Arico, un canyon qui jouxte la ville. C’est avec les meilleurs intentions qu’on s’y rend, pour grimpouiller dans du facile afin de s’habituer au rocher et reprendre l’escalade extérieure en douceur. Il s’agirait aussi de ménager les corps éveillés bien matinalement, mais les choses s’emballent progressivement et portés par l’appel de la grimpe on se lance dans une vraie journée de performance au lieu  d’une après-midi qui était censé être de chauffe. On entend Guillaume dire quatre fois d’affilée que c’est sa dernière voie mais la grimpe l’emporte sur la raison et on enchaîne les voies tout en montant les cotations. À 19h on sent que la luminosité va commencer à baisser et on commence à avoir faim vu que personne n’a pris de petit déjeuner et que le déjeuner était frugal. Direction le gros supermarché de Granadilla ou l’on va remplir deux cadis à des prix espagnols, principalement des fruits et de la bière.

 

Jour 2 : le groupe se révèle matinal et tout le monde est levé à 8h30. On part pour El Rio, un impressionnant canyon situé derrière un barrage tout droit sorti d’un film de James Bond. Le rocher est d’un orange intense, les structures ressemblent à des bulles magmatiques prêtes à exploser en dehors de la paroi. On avait amené les maillots de bain mais apparemment le canyon est à sec depuis 2016. Pas une goutte d’eau à l’horizon, on enlève les t-shirts pour commencer à raviver le bronzage rémanent de l’été. Les premiers plombs libérateurs ne tardent pas : Élodie nous fait une frayeur en faisant un pendule sur une dalle puis Yan sur un jeté qui apparaît négociable à posteriori. La journée défile à grande vitesse et on remballe avec un timing parfait au coucher du soleil.

 

 

 Le rocher orange d’El Rio

 

 

 

Jour 3 : Vistamar. Au nord de l’île il y a bien plus de verdure (et d’activité économique/touristique) on se sent respirer après le sud aride, le contraste est saisissant. Au bord de la mer le spot est un peu dur à trouver mais la vue est imprenable. La légère brise de mer ne suffit pas à nous refroidir des rayons du soleil ce qui nous rappelle les avantages à s’enfermer dans un canyon ou l’on peut échapper au soleil facilement en changeant de face.

 

 

 

 La marche d’approche de Vistamar : on voit le volcan Teide enneigé au fond

 

 

 

 Astuce de Vistamar : ne pas chuter sur les cactus !

 

 

Jour 4 :  Guaria. Le spot four de Tenerife on décide d’y aller malgré la météo qui annonce zéro nuage mais vu qu’on ne peut vraiment pas compter sur un temps couvert ici… Les poches à eau se vident prématurément sous cette chaleur accablante. Il n’y a nulle part où se cacher ici, et le seul coin d’ombre derrière un petit arbuste est trouvé grâce à l’ingéniosité d’Élodie et de Yujie. Sur la paroi tout à l’Est, il y a un 8a avec aucune mauvaise prise, mais personne ne se motive et on préfère aller à la plage. On remballe donc et sur le chemin du retour on descend à la Playa de Las Americas, une plage de galets où on pourra admirer les surfeurs et le coucher de soleil.

 

 

 

 

 

 The secret spot : le seul coin d’ombre de tout Guarià

 

 

 

Mathilde va chercher l’ombre dans Punkis de postal (7b+)

 

 

 

Guillaume enchaîne son premier 7a à vue : Comando 25

 

 

 

Las playas de America, un splendide coucher de soleil

 

Jour 5 : Canares del capricho. On décide que c’est le jour de repos, on commence par une randonnée de 2h pour faire le tour des « Roques de garcia » qui comprend notamment  « la grande catedrale » un spot de grande voie. Après un déjeuner typé station de ski (on est à 2200m après 1h15 de montée en col) on rejoint Mathilde et Guillaume qui ont déjà commencé à grimper dans la matinée. Grosse ambiance dans ce secteur. L’inspiration revient et ça s’emballe encore une fois dans des voies plus dures. La sanction des premiers gros steaks survient dans le toit de Maximum et ses lignes en 7. Yan part dans une 7b+ qui commence par un jeté sur un picot qui lui cisaille la peau des doigts. Il trouve ça bien dur pour du 7, mais en relisant le topo en fait c’est du 8a. Il apprend donc que savoir lire un topo en fait c’est quand même chouette pour éviter de se faire mal. Les corps sont vraiment tiraillés et il commence à faire froid et noir on court vite à la voiture et Ludo se croit dans Initial D à la descente du col.

 

 

Canares del capricho : un décor martien

 

 

 

 

Envie de faire de la grande voie ? hmm non pas trop…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le fameux toit Maximum

 

 

 

Chef ! deux steaks bien saignants s’il vous plaît !

 

 

 

Jour 6 : Marre de faire de la route en voiture et marre des marches d’approche, on repart pour le spot du premier jour, Arico, mais cette fois-ci on file tout droit vers le mur déversant avec les lignes en 7. Des gros bacs et le roucoulement éreintant des pigeons nichés sur les rétas. Le plus gros accident du séjour arrive : au moment de déclipper la dernière dégaine Yan assuré par Yujie va prendre un pendule arrière. En bas deux énormes buissons d’épines. On se prépare donc pour un atterrissage tout en maîtrise. Sauf qu’au moment de la descente, fatalement le mécanisme anti-panique du GriGri se bloque, et Yujie ne sait pas comment le débloquer…Yan part donc pour 3 aller-retour d’affilé dans les épines, sous les rires des Allemands à côté qui observent cette situation cocasse. Le soir on mange à Bodega Pepe le restaurant juste en dessous de notre appartement qui s’avère en fait plutôt servir des accompagnements pour le vin plutôt correct qu’ils proposent. Pas grave on a faim et c’est pas très cher. On commence  à être vraiment fatigués et on se dit que là il faut vraiment prendre un jour de repos. Mais on commence à se connaître et on sait qu’une fois sur place on va vouloir arracher les prises donc c’est décidé demain c’est la journée PERF (ainsi que tous les jours suivants).

 

 

 

 

Mathilde se trompe de chemin dans La silla eléctrica (7b) et va dans El diablo (7b+) à la place

 

 

 

 

Yan dans La techín (7c) pour se faire une entorse après le toit

 

 

 

Jour 7 : Départ 10h vers Zona Zero, près de El Rio. Le secteur est à l’ombre toute la journée et présente une belle hauteur de canyon avec certaines voies qui avoisinent les 40m. Il fait un temps radieux mais avec l’ombre et surtout le vent nous sommes tous en doudoune / polaire / coupevent. On finit à 18h, la fatigue pèse de plus en plus, et on se fait livrer des pizzas pour le dîner grâce à Melvin qui réunit toutes ses habiletés linguistiques en espagnol pour passer la commande.

 

 

 

 

Le superbe grand mur plissé de Zona Zero

 

 

 

 

Maxime, concentré, entreprend une opération chirurgicale sur le doigt de Mathilde qui a gonflé à cause d’une épine de cactus

 

Jour 8 : Le plan est d’aller à Planeta Zarza le matin tôt et remballer en milieu d’après-midi pour aller à la plage d’Abades en contrebas, les deux ayant été recommandées par un guide croisé la veille. Le secteur est bien mais tout le monde est exténué et quelques  micro-gouttes de pluie commencent à poindre. À 13h on plie bagage pour descendre 2 kilomètres plus bas à la plage de sable noir. Bières, burgers, glaces et on ne peut s’empêcher de faire quelques acrobaties dans le sable, ca devient carrément physique là, on est pas loin de se faire des luxations d’épaule ! Même sur la plage on arrive pas à passer en mode inactif, faut les mettre sous sédatifs ces gens ! Se reposer en fait ca demande une discipline particulière qui apparemment n’est pas présente en assez grande quantité dans ce groupe.

 

 

 

 

 

Melvin obtient le prix du lovage de corde le plus moisi de l’histoire

 

 

 

Guillaume tente un deuxième 7a à vue : hélas, les forces lui manqueront

 

 

 

 

 

 

 

 

Playa de Abades : Dislocage d’épaule en perspective

 

 

 

 

 

Le combat de titans. Les filles se battent à la plus grande joie des parieurs masculins.

 

 

Jour 9 : On se lève tôt pour retourner à Canares del Capriccio en altitude faire de nouveaux secteurs, le cadre est toujours aussi impressionnant. Il fait froid et il y a du vent, on a du mal à trouver un endroit ou s’abriter sachant que la plupart des parois sont face nord. Bizarrement les effets de l’altitude se font bien plus ressentir cette fois-ci, Mathilde est à la limite du mal des montagnes, Guillaume part trouver un coin au soleil et à l’abri du vent pour dormir, Max se fait mettre en PLS par une 6a, Yan se vache avec lâcheté au 3/4 d’une 6a magnifique légèrement déversante avec que des gros bacs.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il fait bien froid dans ce secteur malgré un temps radieux

 

 

 

 

 Yan pose son sac et part s’échauffer dans le mono + tridoigt de Bioblast (7b+) : sauf qu’il se trompe dans l’ordre des mains

 

 

 

 

 

 

 

Ludo dans Coitus interruptus (7a) : une voie géniale, de deux blocs superposés

 

Jour 10 : On repart à Arico, cette fois on loue des crash pad à Tenerife Climbing House (20€ les deux pour une journée) histoire de faire des blocs qui jonchent le lit du canyon. On partait dans l’idée de faire falaise et bloc, mais on se prend tellement au jeu qu’au final ca se termine en une bonne grosse session bloc des familles. Apparemment il reste de la force dans les doigts de certains, alors on tire comme jamais sur les prises ! Cet intermède était totalement rafraichissant et bienvenu.

 

 

 

 

 Melvin cale un beau talon

 

 

 

 Un magnifique bloc d’Arico sur lequel on aura passé 1h à jouer au jeu du +1

 

Jour 11 : On repart à Zona Zero. Cette fois ci il n’y a pas de vent c’est beaucoup plus agréable.

On remballe tôt et on roule jusqu’à Granadilla le soir pour manger dans un restaurant très sympathique : Tasca Tierras del Sur.

 

Jour 12 : Le jour où on rend les clés, et les voitures à l’aéroport. On s’est pris une grosse pierre sur le rétroviseur gauche qui laisse un énorme impact, mais l’employé n’y voit que du feu (pourtant il inspecte le véhicule avec soin), il nous remercie même qu’on lui rende la voiture en parfait état ! C’est bien soulagés qu’on rentre à l’aéroport et on se précipite vers une enseigne de fast-food bien connue pour se remplir la panse de burgers et autres junk-food dès 9h30 du matin, ce qui se révèlera une excellente idée puisqu’il n’y aura pas d’autres repas avant le soir et que le retour depuis Beauvais est ralenti par les grèves des transports. Mais tout le monde arrive sain et sauf chez lui.

 

 

 

 

Grâce à Maxime, nous aurons passé le séjour à répondre à la question : « Au fond, qu’est-ce que la performance ? » En redéfinissant chaque jour le terme selon des standards de moins en moins élevés.

Au final que retenir de ce voyage ?

 

1) J’avais organisé un voyage à Kalymnos de 7 jours durant lequel j’avais grimpé tous les jours sans repos de 9h à 18h. Je me suis donc dit que le format 11 jours permettrait de mieux répartir les efforts et de caler 1 ou 2 jours de repos. Grossière erreur. En fait prendre un jour de repos ca s’organise et ca demande carrément une discipline (que l’on n’avait pas) !

 

2) Tenerife pour la grimpe en décembre je dis oui ! C’est une grosse île à touriste et culturellement parlant c’est assez pauvre, heureusement que l’on ne vient pas pour ça. Mais la diversité de la grimpe et des paysages est assez unique. En 11 jours, on aura grimpé dans des canyons soit arides soit verdoyants, des falaises majeures, en altitude avec vue sur un volcan enneigé ou au bord de la mer et sa brise saline. Les températures variaient de 24-25C (avec un soleil de plomb sans vent c’est pas des conditions pour grimper) à 0C dès que le soleil disparait à 2200m à Canares del Capriccio. C’est donc un concentré d’escalade variée, et il n’y avait pas à craindre de redondance.

 

3) Le pauvre Maxime à du s’échauffer tous les jours dans le 6c/7a car en binôme avec Mathilde. Le dernier jour il a laissé ses bras dans une voie. Mais au retour en salle il gagne une cote !

4) À Guaria, malgré des conditions non optimales, Guillaume nous sort sa première 7a à vue après 1 an et demi d’escalade. Impressionnant !

 

5) On est impressionné par Élodie qui est forte à la fois en voie et en bloc, et surtout un mental de battante !

Elle semble posséder le facteur X de Wolverine. En 24h ses doigts sont passés de « rouge on voit le derme on est bientôt au sang là non? » à « regardez moi cette belle pulpe multi-keratinisée »

 

6) Yan était malade pendant les 11 jours (trachéo-bronchite) et a passé toutes ses nuits éveillé à tousser pour empêcher ses collègues de dormir et ainsi diminuer leurs performances. 3h de sommeil/jour + malade + alcool tous les jours = 2 steaks à J5, une entorse pied gauche J6 (chute corde), un hématome talon droit J10(chute bloc à coté du crash-pad), un hématome sacro-iliaque J11 (chute avec corde derrière la jambe et tapé le dos contre la paroi). Au final cette équation est plutôt bonne pour lui car il apprend plusieurs choses : – Faire des jetés à vue sur des prises coupantes c’est pas la meilleure idée

– Avoir la corde derrière la jambe quand on tombe c’est plutôt une très mauvaise idée.

 

7) Yujie est officiellement le sole survivor. C’est la seule personne à avoir grimpé les 11 jours sans baisser le rythme. Yan était en lice jusqu’au dernier jour mais sur la dernière ligne droite il se prend un plomb retourné qui le met définitivement out ! Qu’à cela ne tienne, Yujie se fait finalement une entorse de cheville droite sur le chemin du retour, ça c’est vraiment pas de bol.

 

8) Premier trip outdoor d’escalade pour Melvin et Ludo qui ont commencé à grimper en bloc il y a un an.

Melvin c’est les bras et Ludo le mental ils se complètent bien. On essaye de trouver une 7a typé bloc pour Ludo il réussit magistralement le premier crux pour tomber au deuxième mais malheureusement il n’arrivera pas à refaire la séquence car comme cela arrive souvent en escalade il a oublié la méthode de sa première tentative.

 

10) Au niveau des cotations cela semble conforme aux standards actuels. Globalement ça cote au milieu par rapport à ce qu’on a pu tester ailleurs.

 

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Ecrit par : samuel