Roc 14 en Corse

Tout à commencé par un email aux membres au mois de mars: « Vous rêvez de grandes voies, de granite, de fissures, de tafonis et de coinceurs ? De la Pietra fraiche après de belles journées d’escalade ensoleillées ? Roc14 vous propose un séjour de deux semaines en Corse du 25 août au 9 septembre 2018  pour découvrir deux sites majeurs de l’île de Beauté : la vallée de la Restonica et les aiguilles de Bavella. »

Les aiguilles de Bavella

 

Après des inscriptions nombreuses, des problèmes de logistique divers et quelques blessures malheureuses, neuf ROC14ziens sont finalement partis à la découverte de la Corse. Les topos nous ont fait rêver de voies mythiques comme « le dos de l’éléphant » sur la punta u Corbu dont Catherine Destivelle disait qu’il “existait ici la plus belle escalade granitique de … France« . A la lecture des topos, on comprend vite que la visite de ce dos se mérite: « il ne faut pas oublier de dire que l’approche demande un peu de flair et il est fréquent que des grimpeurs perdent quelques minutes ou quelques heures à errer dans le maquis« . C’est aussi un bon endroit pour tester les limites d’adhérence des chaussons, dans des dalles raides, sans prises de mains. Et Il y a un crux en 6b+, quand même, de quoi semer des doutes!

 

 

 

Le dos de l’éléphant. La voie passe dans les fissures et dalles, puis sur l’arête à gauche

Notre premier camp de base était le camping municipal de Zonza proche, des aiguilles de Bavella. Il est entouré d’une grille qui empêche les visites de sangliers curieux, mais pas celles d’un renard qui faisait sa ronde le soir. En enjambant cette grille, on accède au frigidaire du camping. Il s’agit d’un torrent, parfait pour rafraîchir la Pietra et le vin. Les repas étaient organisés selon un principe rigoureux: jours pairs: pâtes, jours impairs: riz bio rouge ou noir, le tout accompagné de charcuterie et de fromage Corse. Ce dernier a un goût puissant, surtout lorsqu’on l’affine un jour ou deux dans une tente, et il donne un parfum d’aventure à n’importe quel plat.

 

Mais qui allait réussir à monter sur le dos de l’éléphant? De jour en jour, les cordées Roc14 se sont succédées sur cette paroi magique, parfois à deux, parfois en flèche. A la fin de la semaine tous les participants avaient atteint le sommet ! Il faut dire que le dos de l’éléphant est bien équipé, contrairement à la majorité des grandes voies de la Bavella où les ouvreurs mettent des spits surtout aux endroits où le rocher est trop compact pour qu’on puisse protéger un passage difficile autrement. Donc, si on galère un peu et qu’on aperçoit le prochain spit 7 ou 8 m plus haut, on peut se rassurer: il doit s’agir d’un passage facile. Ceci dit, le rocher est souvent riche en lunules, et même si on n’a pas l’habitude de grimper en terrain d’aventure, elles permettent de se protéger facilement par des sangles. Il y a aussi souvent quelques arbres dans la paroi, les relais « naturels » ne manquent pas. Certains parmi nous voyaient initialement d’un œil inquiet ces voies avec un zeste de terrain d’aventure, mais à force de mélanger dans les cordées grimpeurs TA et amateurs de spits, tout le monde s’est progressivement habitué au style d’équipement local.

La partie finale : mais où sont les prises ?

 

Grimpe dans les tafonis

 

Le granit de la Bavella est vraiment extraordinaire. Dans les parois il y a plein de « tafonis », des dentelles en granit jaune ou orange qui ont la structure d’un fromage suisse géant, avec des grottes,  renfougnes et passages de ramping à volonté. Attention aux coincements du sac à dos ! Les marches d’approche peuvent être longues, d’une heure ou plus, et il fallait souvent partir du camping bien avant l’aube. Ces marches à travers une végétation dense, dans des ravins ou le long d’un canyon, allongent la journée de grimpe, mais les paysages sauvages contribuent au charme des grandes voies en Corse.

Certains grimpeurs se sont lancés dans des longues voies quasiment non-équipées, comme l’arrête de Zonza. Le topo ne manquait pas de précision: Suivre une veine de quartz, traverser une dalle vers la gauche, jusqu’à un piton.  Mais comment traverser cette fichue dalle compacte, sans la moindre lunule ou fissure pour caser un friend ? Un dernier friend placé très haut au dessus permettait d’assurer la traversée qui menait à un profond ravin, étroit et abrupte. Il fallait l’enjamber pour s’accrocher au rocher en face.  Au tournant d’une petite arête, on se retrouvait dans un couloir raide et bucolique, sans le moindre piton: c’était le début d’un itinéraire bis, du terrain d’aventure pur jus, avec comme seul guide l’antécime visible au loin qu’on a atteint sans soucis. Quel bonheur de chercher son itinéraire plutôt que de chercher le prochain spit !

La météo était au top pendant tout le séjour, fraîche le matin, très chaude qu’en milieu de journée dans les faces sud. On a bien profité des canyons pour des baignades et quelques siestes.

La longueur clé d’Ombre et Lumière: une fissure verticale de 35 mètres

La première semaine autour des aiguilles de Bavella est passée trop vite. Pour une moitié du groupe c’était déjà la fin du séjour, les autres sont partis vers le nord, dans la vallée de la Restonica, près de Corte. Notre nouveau camp de base, le camping de Tuani était encore plus perdu dans la nature que le précédent: plus de réseau téléphonique, mais en revanche un beau torrent tout près qui invite à la baignade. La petite route qui remonte la vallée se termine à une bergerie, et à partir de là, on marche à pied, longtemps, et on franchit quelques passages raides sur des échelles pour atteindre le lac Capitello. La voie mythique « Symphonie d’automne » se trouve sur une falaise qui surplombe ce lac, et on accède à son pied au ras de l’eau, à l’aide d’une tyrolienne. Le lac se trouve à une altitude de 1930m dans une belle ambiance « montagne »: même fin août il y restent quelques névés. La voie s’élève au-dessus du lac sur des dalles en granit bien raides, à côté d’un énorme surplomb, puis sur le fil d’une arête aérienne. Nous nous y sommes tous régalés!

Ca grimpe au dessus du lac Capitello

 

La voie « Ombre et Lumières » nous a aussi laissé de beaux souvenirs, avec son dièdre/fissure, une ligne très pure d’environ 35 mètres, toute verticale, une fête du dulfer et de l’adrénaline. Il va de soi que tout le groupe s’y est mis, et tout le monde est arrivé en haut. A la descente de cette voie, une cordée a perdu un brin de sa corde à double, resté diaboliquement coincée dans une fissure. Ils y ont découvert un cimetière à cordes, abandonnées par des prédécesseurs.

Ambiance à la sortie de la voie Omerta

Et puis c’était la fin du séjour, ou presque. On avait réservé le dernier jour à Esméralda, une voie très longue, très dure et belle. On ne savait pas encore qu’Esméralda est aussi un esprit espiègle qui habite dans les montagnes Corses: c’est la reine des ronces. Parti  à pied vers 5 heures du matin du camping sous un ciel étoilé, on a franchi la végétation d’un ravin, en cherchant des cairns à la frontale, pour remonter ensuite le lit d’un torrent d’un blanc éclatant. La première longueur réveille bien, elle commence dans des tafonis magnifiques, ça roulait, on enchaînait les longueurs. Après la dalle bien raide du crux, avec des fissures subtiles et un réta diabolique, on a atteint vers 13h30 l’antécime, à deux longueurs de la fin. L’affaire était dans le sac? C’était sans compter sur la reine de ronces!  Plus tard on a compris que presque tous les grimpeurs rebroussent chemin ici, après les 13 premières longueurs. Mais grisés par la voie nous avons cherché un rappel pour nous poser sur le collu qui donne accès à la suite, le mur vertical du finale. Nous ne comprenions pas que ce petit collu verdoyant était le jardin secret d’Esméralda, et qu’elle qui nous avait souri jusque-là n’aime pas qu’on la dérange. On s’est retrouvé perché en haut d’un ravin chaotique, plein de ronces, auquel on accède qu’à travers un arbre. Esméralda a dû glousser en nous voyant jardiner et batailler pendant plus d’une heure pour faire 10 mètres jusqu’à la paroi en face. Et elle nous a réservé bien d’autres péripéties, dont la perte d’une clé, des rappels à travers une végétation abondante, puis des ronces et encore des ronces à la descente. Mais quelle aventure, quand même, sacrée Esmeralda!

 

Conclusion:  La grimpe en Corse est géniale, on apprend naturellement à avancer dans le maquis comme un sanglier, on s’y initie au terrain d’aventure (lunules, arbres)  qu’on l’ai prévu ou pas, le vin, le fromage et la charcuterie valent le détour, et il reste plein de secteurs à découvrir!

 

 

 

Pour partager :Share on Facebook
Facebook
Share on Google+
Google+
Tweet about this on Twitter
Twitter

Ecrit par : Le chamois masqué