Les poussins de ROC14 garderont toujours, gravé au plus profond de leur mémoire, un souvenir ému de cette sortie falaise.
Récit d’un parcours initiatique vers les voies de Vertus.
Bref.
Il était très tôt ce samedi matin. Les voitures étaient pleines à craquer. Le Maître nous l’avait bien dit :
« Oublie le confort dans les transports : c’est mort. »
Bref, on est partis, direction Champagne, bien calés entre les tentes et les cordes.
Arrivés à Vertus, on a regardé dehors, on a regardé le conducteur, le conducteur a regardé dehors, le conducteur nous a regardés : on a appelé le Maître pour trouver le terrain de jeu.
« Utilise ton œil d’aigle, petit scarabée, la route est longue pour trouver la voie. ».
Bref, l’initiation a déjà commencé.
Première épreuve : la grimpe

Après quelques heures d’errance, nous arrivons enfin sur le site, et découvrons le Maître en pleine méditation transcendantale. Dans son hamac. On profite de son sommeil pour s’approcher.
« Tss tss. Je vous ai a l’œil, mes poussins. Allez on s’équipe, sinon adieu vaches, mousquetons, cordées. »
Le Maître ne dort jamais vraiment. Et là, sous son œil bienveillant, commence le rite initiatique.
Les premiers pas sont hésitants. Nous qui commencions à être sacrément à l’aise en tête dans les 7c en salle, nous retrouvons tout tremblants dans des 4 traîtresses, à rêver d’une jolie moulinette.
Mais sous les conseils avisés de nos encadrants, on se lance. On s’arrache, on chute, on y laisse des phalangettes, des tibias, de l’épiderme, du sang et de la sueur.
Et on progresse, et nos efforts sont récompensés : les nuages s’écartent et un rayon de soleil illumine nos doigts alors qu’on entend le clic salvateur !
Bref, on a mousquetonné la première dégaine.
1. Se préparer à voler avec le sourire : Allez Noémie, tu peux le passer !

2. Avec un petit doigt, l’autre main dans la poche
3. En s’accrochant aux branches avec les cheveux

4. En cramponnant ses 10 doigts bien fort à tout ce qui dépasse
« Mes Piou-Piou, fait le Maître, maintenant vous allez jusqu’en haut. Celui ou celle qui interrompra ma méditation pour aller lui récupérer une dégaine passera 24 heures vaché dans le grand dévers à Alice Milliat pendant la journée de stage de Gym suédoise spéciale Céline Dion. ».

Sous la menace de l’abominable sanction, on s’accroche, on se bat pour chaque dégaine. On ne cherche pas à savoir quelle substance visqueuse remplit ce joli petit bac, ni qui est ce petit être qui nous chatouille les doigts et semble vouloir remonter le long de notre bras. On donne tout, et, après des heures de lutte, on réunit nos dernières forces pour ce cri de victoire: « Vaaaaaaachéééééééééé !!!!! ».
Bref, chacun à sa façon, on a atteint le sommet.
Deuxième épreuve : les manips
Le doute nous assaille.
On prend le mou et on passe la corde en double dans l’anneau.
« Hmm hmm… », grogne le hamac.
On fait un double-huit.
« Mouais… », enchaîne-t-il.
On prend notre mousqueton à vis et on le passe dans le nœud et le baudrier, et on n’oublie évidemment pas de revisser le mousqueton.
« Pfffffff c’est looooong… », entend-on soupirer dans la toile suspendue.
On défait le huit d’encordement du départ, et on l’enlève de l’anneau : « Seeeeeec ! »
On vérifie que la vache n’est plus tendue, et on l’enlève : « Dévaché ! »
Et c’est parti : « Départ ! »
On arrive tranquillement au sol.
« C’est pas trop tôt, j’ai failli attendre… », poursuit le Maître inique.
Bref, on a installé notre moulinette.
Et ainsi de suite, heure après heure, nous poursuivons notre rude entraînement, sur des voies de plus en plus extrêmes, répétant inlassablement les manipulations jusqu’à les avoir dans la peau jusqu’au bout des ongles.
Heureusement, les techniques d’assurage sont acquises…
1. Avec les mains

2. Sans les mains : c’est comme ça qu’on assure Sébastien ?

Troisième épreuve : la nuit en camping
A la fin de la journée, le Maître nous annonce :
« Mes poulots, quartier libre ce soir. Mais n’oubliez pas que demain vous allez subir une épreuve parmi les plus rudes de votre jeune existence, et je ne saurai donc vous recommander la plus grande modéra… ». Mais il n’y a plus personne pour entendre la fin de son propos.
On a déjà tous filé pour débusquer une cave… N’était-on pas en Champagne ? Alors, surmontant notre épuisement, on marche, on cherche, on frappe aux portes, on supplie… en vain…
Bref, on a passé un week-end en Champagne sans visiter de cave !
« Ô ! Douce ivresse de la sobriété », devise le Maître dans toute sa sagesse.

Retour au campement. Après une douche spartiate (à l’eau glacée pour les plus braves), on sort les sacs, monte les tentes (2 secondes pour les plus efficaces) et installe les duvets (matelas gonflable pour les plus douillettes). Les plus extrêmes vont même jusqu’à récupérer les clefs du bungalow chauffé tout confort.
Tout ceci en prévision de la troisième épreuve : la nuit en camping.
Le repas du soir « Aux années folles » est l’occasion de reprendre des forces, et d’oublier l’espace de quelques heures que la nuit va être froide. Très froide. Sur le chemin du retour, on aperçoit au loin des groupes d’ours polaires en train de grelotter, pendant que les loups hurlent dans le lointain.

Arrivés au camping, nous nous encourageons les uns les autres d’un sourire compatissant, et nous enfonçons dans notre abri de fortune pour tenter d’y survivre jusqu’au lendemain.

Heureusement, l’épuisement nous permet de nous endormir rapidement, malgré les ronflements des animaux sauvages qui ont sans doute profité de l’obscurité pour s’approcher. Et les rêves de grands dévers bercent notre courte nuit.
Le lendemain matin, réveillés par le mystérieux Orteillophile Champenois (*), nous sortons de nos abris et vérifions que nous sommes au complet. Tout le monde est là, sain et sauf.
(*)Orteillophile Champenois : Petit animal pervers de la région champenoise qui s’introduit à l’aube dans les tentes pour s’agripper à nos orteils endormis et s’enfuit furtivement dès qu’on ouvre l’œil.
Ultime épreuve : le rappel

Au pied de la falaise, de nouveaux compagnons de grimpe nous ont rejoint. Ils ont parcouru un long chemin depuis Lutèce pour venir profiter de l’enseignement du Maître. Et goûter le Champagne.
On passe la matinée à s’échauffer en révisant les enseignements de la veille. Tout est beaucoup plus facile, et on comprend que l’enseignement du Maître, aussi impitoyable soit-il, est terriblement efficace.
Une fois prêts, nous suivons le Maître sur le long et périlleux chemin qui mène aux cimes champenoises. Après quelques heures de marche, alors que l’oxygène commence à se faire rare, le Maître profère un laconique :
« Nous y sommes. »
C’est le début de l’ultime épreuve, la terrible, celle que les initiés surnomment le « Rappel » : le Maître va nous lancer les uns après les autres du sommet de la falaise, et survive qui pourra.
Heureusement, nous avons anticipé le coup : pendant que le Maître regarde tendrement un oisillon niché dans la paroi, nous passons une corde dans l’anneau au sommet, et lançons les deux moitiés de corde en bas « Corde ! », installons un machard pour bloquer la corde, puis passons les deux brins de la corde au-dessus de nous dans un descendeur relié à notre baudrier, le tout avec une précision et une rapidité éblouissantes (moins de 20 minutes me semble-t-il).
Bref, on a installé un rappel.

N’ayant rien décelé de nos manigances, le Maître revient et nous jette les uns après les autres dans le vide. Soulagés mais peu rassurés par notre système de rappel, nous descendons le long de la falaise tels des escargots asthéniques.
Bon c’est pas vraiment Mission Impossible, mais le but est atteint : nous arrivons en bas. Vivants.
Et au-dessus de nous, tous nos camarades suivent notre chemin lentement mais sûrement, et atterrissent au compte-gouttes sur le plancher des vignes.
La consécration

Une fois tous arrivés au sol sains et saufs, ne pouvant détacher notre regard de la paroi immense que nous venons de défier, tout tremblants d’avoir survécu à cette terrible épreuve, nous entendons derrière nous un petit raclement de gorge d’une rare délicatesse:
« Hmm hmm… »

Nous nous retournons, et à notre grande surprise, le Maître, radieux, contemple notre petit groupe. Comment est-il descendu si vite ? Personne ne le saura jamais.
« Bravo mes Poussinous ! Vous venez de passer brillamment toutes les épreuves initiatiques. Vous êtes maintenant officiellement Autonomes. Je suis fier de vous. Voici votre récompense. »
Sur ces mots, il s’élève dans les airs, nous dévoilant un trésor gastronomique.
Bref, on s’est fait péter la panse.
Bref, un superbe week-end d’Initiation !
Un grand merci à nos encadrants : Virginie, Yves et Maître Djerem !



